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Prévention des cancers, des maladies cérébro et cardio-vasculaires et des effets néfastes (alcoolisme, tabagisme…) des drogues licites

 

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De quelques mÉdications potentiellement dangereuses

prescrites et/ou utilisÉes de façon intempestive

 

 

D’après une étude du British Medical Journal du 15/04/00, on estime qu’en France plus de 134 000 hospitalisations, avec un taux de décès non négligeable, sont en rapport direct chaque année avec une  complication grave due aux traitements médicamenteux. Ne parlons pas des complications moins graves traitées ou non à domicile, complications banales de  gravité fort diverse.

 

On sait depuis longtemps que ce sont les Français qui, dans le monde, sont les plus grands consommateurs de médicaments de toutes sortes et, parallèlement, qu’ils sont les plus grandes victimes de cette particularité. À titre d’exemple, citons une étude faite en Haute-Garonne (publiée dans The Lancet  de novembre 2000) dont les résultats sont les suivants : 

- 99 % des femmes enceintes ont pris des médicaments sur ordonnance ;

- 80 % des femmes ont pris des médicaments de catégorie A (médicaments pour lesquels les études n’ont pas montré de risque pendant le premier trimestre de la grossesse) ;

- 95 % des personnes testées ont pris des médicaments de catégorie B (médicaments ne comportant pas de risque de cancer chez l’animal mais n’ayant pas été testés chez l’homme) ;

- 83 % ont pris des médicaments de catégorie C (médicaments comportant des risques de cancer chez l’animal ) ;

- 59,3 % ont pris des médicaments de catégorie D (notamment du phénobarbital, de l’aspirine à hautes doses, des anti-inflammatoires, des benzodiazépines, de la quinine, des tétracyclines, des dérivés de l’ergot de seigle... tous médicaments comportant des risques multiples et graves) ;

- 1,6 % ont pris des médicaments de catégorie X (médicaments totalement déconseillés car comportant un risque caractérisé de cancer).

Quand on sait de plus que cette étude n’a pris en compte ni les prescriptions hospitalières, ni l’automédication avec des produits vendus sans ordonnance, on peut avoir une idée du nombre de prescriptions intempestives, de la gravité du problème médical en cause, de l’énorme gaspillage financier.

 

En ce qui concerne les personnes âgées (de 70 ans et plus) le rapport de la Haute Autorité de Santé (HAS) rendu public le 7 novembre 2007 constate « qu’une personne sur deux fait usage de médicaments psychotropes » et estime que « plus de la moitié des traitements prescrits se sont pas indiqués ».

 

 

Une méconnaissance de l’effet-placebo

Qu’est-ce qu’un placebo ?

Un placebo est représenté par un produit administré à un patient ou un geste qui lui est appliqué (par exemple une opération d’ordre chirurgical, un acte de kinésithérapie, une prière…) dans une perspective thérapeutique, alors que le produit ne contient aucun principe actif ou que le geste est dépourvu par lui même de la moindre efficacité. Mais le patient, le médecin, l’opérateur, le prêtre… "croient" à leur vertu thérapeutique. Produit et geste agissent par un mécanisme psychologique ou psycho-physiologique. C’est l’auto-suggestion appliquée à la médecine. C’est la drogue-médecin qui va être fonction de la personnalité de l’opérateur (aspect physique, allure, langage…), des qualités physiques du "médicament" administré (couleur, forme, goût…)…

Tout geste thérapeutique, valide ou non, comporte d'ailleurs une part plus ou moins grande d'effet placebo[]. On considère généralement que l’écart est habituellement de l’ordre de 30 % et qu’il peut atteindre 60-70 % dans certaines affections (telles les migraines ou les dépressions…). Certains patients sont même parfois améliorés objectivement d'affections pouvant être réputées incurables.

Une étude allemande (rapportée dans le Journal of the American Medical Association du 24 septembre 2007), étude très rigoureuse concernant les lombalgies chroniques (douleurs du dos) est à ce propos particulièrement démonstrative. Elle a concerné 1 1162 personnes qui ont été divisées en 3 groupe de taille égale. 

Les actions effectuées à perspective thérapeutique ont été les suivantes :

. pour le premier groupe : une acupuncture traditionnelle correspondant à la tradition chinoise (aiguilles introduites à une profondeur de 5 à 40 mm en respectant les principaux « points » et « méridiens » décrits par la discipline)

. pour le second groupe :  une simulation de la pratique de l’acupuncture (aiguilles enfoncées à une profondeur de 1 à 3 mm  au niveau de la zone douloureuse mais en dehors des « points » et « méridiens » traditionnels.

. pour le troisième groupe : une association de médicaments antalgiques ou anti-inflammatoires et une kinésithérapie conformément à l’approche occidentale.

Après un minimum de dix séances et six mois de traitement, les résultats ont été les suivants :

le taux d’efficacité a été respectivement de 47,6 %, de 44,2 % et de 22,4 %.

 

En résumé :

. l’acupuncture traditionnelle et l’acupuncture simulée ont une efficacité très semblable ; la prise médicaments associée à la kinésithérapie est nettement moins efficace que l’acupuncture  traditionnelle ou simulée.

 

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 SOMMAIRE

 

Nous envisagerons ici trois classes de produits médicamenteux  particulièrement caractéristiques :

- les anti-inflammatoires,

- les psychotropes : notamment les somnifères et les antidépresseurs,

- les hormones sexuelles féminines,

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-( de quelques aphorismes destinés aux usagers de la médecine)

 

 

LES ANTI-INFLAMMATOIRES

 

Suivant l’étude déjà citée précédemment (British Medical Journal du 15/04/00) les médicaments anti-inflammatoires sont responsables en France de 800 décès et de plusieurs milliers de cas d’hémorragie digestive.

 

Nous allons voir que ces produits sont, dans la majorité des cas, prescrits de façon intempestive par méconnaissance d’une donnée élémentaire...

 

Qu’est-ce que l’inflammation ?

 

L’inflammation est d’abord et avant tout une réponse normale de l’organisme à une agression dont il est victime

- elle  se traduit par trois signes : gonflement, chaleur, douleur… en rapport avec un afflux d’éléments, éléments sanguins notamment, destinés à réparer les perturbations provoquées par l’agression ;

- ces signes avertissent le patient qu’il est victime d’une « agression », l’invitent à analyser le phénomène en question qui peut être d’ordre traumatique, microbien, viral, chimique...  et à y remédier au plus tôt.

 C’est dire

1 -  que l’inflammation est d’abord une réaction « heureuse » de défense et de protection d’un organisme sain à la suite d’une agression quelconque (et réciproquement que l’absence d’inflammation est profondément anormale)

2 - que réduire cette réaction physiologique comporte donc, et comportera toujours, des risques dont les plus fréquents sont  :

            - d’ignorer un processus pathologique insidieux qui s’aggrave avec le temps ;

            - de favoriser une infection microbienne ou virale ;

            - de fragiliser insidieusement, voire de léser gravement, certains tissus et organes tels que le foie et les reins.

 

Néanmoins, il faut savoir que cette réaction de l’organisme, éminemment saine en général, est susceptible dans certains cas, de revêtir un aspect défavorable en générant de nouvelles lésions dans un processus en « cercle vicieux »..

 

Ces cas, où la prescription est logique et souhaitable, sont représentés avant tout :

 

- par des processus médicaux chroniques  dont les principaux sont :

            - les rhumatismes chroniques qui sont des maladies de cause inconnue, dont la guérison est exclue, où le traitement a pour but primordial de réduire des symptômes pénibles pour le malade, telle que la douleur ;

            - l’athérosclérose où l’inflammation de la paroi des artères favorise l’agglutination d’éléments sanguins et donc l’obstruction du vaisseau avec ses graves conséquences ; 

            - les cancers où le processus évolutif non-maîtrisable ne relève dans l’immédiat que du traitement symptomatique le plus adapté.

 

- certaines atteintes traumatiques ou infectieuses du cerveau. La non-plasticité de la boîte crânienne contrariant le développement normal du gonflement, une compression du cerveau peut s’ensuivre et entraîner des lésions en chaîne.

 

- certaines interventions chirurgicales (lorsque la « réparation » effectuée peut être affectée par un gonflement susceptible de compromettre le résultat...)

 

Ici, réduire l’inflammation par une médication idoine peut, malgré ses risques obligatoires, se révéler hautement  bénéfique.

 

Il reste que dans la majorité des cas, les anti-inflammatoires sont prescrits actuellement en France de façon intempestive compte tenu du rapport entre le bénéfice espéré et le risque encouru. Cette raison peut-être :

- d’ordre esthétique - par exemple lorsque le visage est en cause lors d’un traumatisme, d’un acte chirurgical (qui peut être une simple extraction de dent !), d’une infection quelconque...

- d’ordre du « confort » pour réduire un gonflement, une gêne ou une douleur..., désagréments que nombre de patients, s’ils sont instruits de l’alternative qui se présente à eux, choisissent délibérément avant de les supporter au mieux.

 

De toutes façons, si une proposition d’anti-inflammatoires peut éventuellement se comprendre dans ces derniers cas, il ne doit pas s’agir d’une recommandation, dans une prescription de routine, de mode ou d’autorité. 

 

Les accidents des anti-inflammatoires :

 

Le risque inhérent à l’utilisation des médicaments anti-inflammatoires n’est jamais nul et les accidents possibles sont parfois fort graves, voire mortels.

 

Ces accidents qui relèvent – soit de la réduction des moyens de défense de l’organisme vis-à-vis des infections microbiennes et virales, soit d’une action toxique directe d’un médicament – peuvent concerner la plupart des tissus ou organes :  l’appareil digestif, l’appareil pulmonaire, les reins, le foie, le système nerveux central et périphérique, le revêtement cutané et muqueux.

 

En résumé,

- la méconnaissance de deux données explique particulièrement l’utilisation intempestive des médicaments anti-inflammatoires : d’une part l’inflammation est généralement une réaction normale (physiologique) de l’organisme, d’autre part nombre de patients instruits des risques encourus sont parfaitement aptes à supporter quelques désagréments de courte durée plutôt que de courir des risques notables pour leur santé.

- les anti-inflammatoires ne doivent être utilisés que dans des cas précis et graves.

- la lecture personnelle par le patient des notices d’utilisation de ce type de produit doit constituer un préalable à toute utilisation. Seront notés attentivement les contre-indications, les mises en garde, les précautions d’emploi, les effets indésirables.

 

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LES MÉDICAMENTS PSYCHOACTIFS

 

On désigne ainsi tous les médicaments qui ont une action sur le système nerveux central et qui, à un degré ou à un autre, modifient le psychisme.

 

Comme chacun le sait, c'est en France que la consommation de ces produits est la plus importante.

 

Nous retiendrons ici les quatre groupes de produits les plus utilisés dans notre pays et, partant, ceux qui sont responsables des conséquences individuelles et sociales les plus importantes :

- les somnifères qui « apportent » du sommeil ;

- les tranquillisants ou anxiolytiques qui « apportent » de la sérénité ;

- les stimulants qui « apportent » de l'excitation et une sensation de mieux-être ;

- les antidépresseurs qui « apportent » de l'énergie physique et psychique.

Ces produits sont manifestement utiles dans bien des cas nettement pathologiques, mais il reste que leur utilisation inopportune – par méconnaissance des effets néfastes dont ils sont responsables à distance – dépasse manifestement, et de très loin, leur consommation justifiée.

 

 

QUELS SONT CES EFFETS PERVERS SUR LE SYSTÈME NERVEUX  à moyen et à long terme ?

 

Il y a deux catégories fort distinctes d'effets pervers :

- ceux qui sont répertoriés (dans le dictionnaire Vidal des spécialités pharmaceutiques) ;

- ceux qui ne sont pas répertoriés (et qui sont habituellement méconnus).

 

LES EFFETS NÉFASTES RÉPERTORIÉS

 

Pour les hypnotiques

En prenant comme exemple un produit dans une famille récente (celle des cyclopyrrolones) considérée comme moins dangereuse que les précédentes, les troubles signalés sont les suivants :

- perturbations de la mémoire (amnésie antérograde) ;

- somnolence diurne ;

- cauchemars, sensations d’ébriété, hypotonie musculaire ;

- céphalées, asthénie ;

- manifestations « paradoxales » : irritabilité, agressivité, agitation, épisodes confusionnels, phénomènes hallucinatoires;

- accoutumance ;

- dépendance physique et psychique avec syndrome de sevrage ou de rebond à l'arrêt du traitement.

 

A propos des manifestations dites traditionnellement « paradoxales » dont on parle ci-dessus, il convient de remarquer que loin d'être « paradoxales » ces réactions n'obéissent en fait qu'à une simple logique réactionnelle tout à fait « normale ».

 

Pour les anxiolytiques

Dans la famille la plus couramment prescrite (celle des benzodiazépines), et en ne retenant que les effets néfastes sur le seul système nerveux, on note les perturbations suivantes :

- troubles de la mémoire (amnésie antérograde) ;

- sensations d’ébriété ;

- asthénie, somnolence, affaiblissement des facultés psychiques ;

- hypotonie musculaire ;

- réactions « paradoxales » : irritabilité, agressivité, excitation, syndrome de confusion mentale, hallucinations ;

- accoutumance ;

- dépendance physique et psychique avec syndrome de sevrage ou de rebond à l'arrêt du traitement.

 

Pour les stimulants

Les produits amphétaminiques aujourd'hui interdits aux sportifs par la réglementation antidopage – produits qui furent couramment prescrits pendant de très nombreuses années pour s'opposer à la fatigue et au sommeil et qui le sont toujours comme anorexigène dans les cures d'amaigrissement – ont les effets néfastes suivants :

- nervosité, agitation ;

- troubles du sommeil, modification du comportement ;

- céphalées, tremblements, convulsions, insomnie ;

- tachycardie, nausées, vomissements ;

- accoutumance ;

- dépendance.

 

Pour les antidépresseurs

Leurs effets pervers sur le système nerveux sont si nombreux, du fait de la diversité des produits chimiques administrés et des perturbations traitées, qu'il est difficile d'en retenir une liste caractéristique. Ils sont d'ailleurs si importants que la plupart des produits en cause sont à réserver exclusivement, comme l'indique le guide médical, au traitement des états dépressifs « sévères ».

Ainsi qu'on peut le remarquer, tous ces produits psychotropes sont potentiellement responsables d'une part d'une accoutumance (allant toujours de pair avec une « tolérance » qui, comme nous le dirons plus loin, témoigne d'une intoxication chronique occulte), d'autre part d'une dépendance. avec ses deux manifestations constitutives : « état de manque » et syndrome de sevrage.

 

 

LES EFFETS NÉFASTES NON RÉPERTORIÉS dont on ne parle pas habituellement

 

Ils sont de deux types :

1 - le phénomène de l'accoutumance-tolérance ;

2 - le phénomène selon lequel l'absorption de ces produits entraîne des effets néfastes, effets qui sont exactement inverses des effets recherchés.

 

1 - Le phénomène de l’accoutumance-tolérance

 

Contrairement à ce qui est dit parfois ce phénomène s’applique à la plupart des médicaments qui sont des substances étrangères à l’organisme et notamment à tous les médicaments psychotropes sans exception.

 

Ce phénomène a été découvert il y a bien longtemps. Dans l'Antiquité, on utilisait volontiers le poison pour faire disparaître ses adversaires et les Grands de ce monde redoutaient à juste titre cette cause de mort brutale. On rapporte ainsi que le Roi Mithridate, voici plus de 2000 ans, après avoir eu l'astuce de s'administrer  régulièrement de petites doses de poison, resta en vie le jour où il en absorba involontairement une dose importante introduite dans ses aliments par une main criminelle. Mithridate avait compris, tout au moins partiellement, ce phénomène d'adaptation qu’en souvenir de lui on appelle « mithridatisation ».

 

Prenons maintenant un cas banal, celui d'un individu qui, ne pouvant pas dormir car il a quelques soucis familiaux ou professionnels durables, prend chaque soir un comprimé de somnifère (un de ces produits que les Français consomment si largement... ). Ses nuits sont apparemment « bonnes », ses réveils « faciles », ses journées « satisfaisantes »...

Au bout de quelques semaines il constate que le comprimé devient progressivement moins efficace.  S'il persiste à vouloir trouver un sommeil artificiel il doit augmenter les doses du même produit, ou bien il doit en utiliser un nouveau.

 

C'est donc un fait général d'observation que l'absorption régulière et fréquente d'un produit toxique par un individu est suivie de réactions de moins en moins marquées. Le sujet arrive ainsi à « supporter », après un certain temps, des doses importantes de toxique, doses qui pourraient entraîner des accidents graves chez un sujet non habitué.

 

Devant cette « tolérance », on serait tenté de considérer que le sujet a acquis une résistance bonne et désirable... C'est une erreur. La tolérance n'est pas une forme d'immunité ou le témoin d'une capacité particulière de tel sujet : elle traduit avant tout une absence des réactions normales de défense. C'est le signe d'une intoxication chronique occulte.

 

En effet, après absorption de tout produit néfaste à l'organisme, ce qui est normal c'est de percevoir le plus rapidement possible un signal de mise en garde, une réaction d'alarme qui va permettre au sujet de « se sentir malade », de stopper l'absorption toxique et éventuellement de solliciter une thérapeutique.

 

Le sujet « tolérant » est ainsi de façon permanente un sujet « diminué » et qui réagit d'autant moins qu'il est « tolérant ».

 

Une des fonctions importantes du système nerveux consiste à protéger l'individu des agents d'agression et particulièrement des produits toxiques. Dans son rôle de protection il peut être comparé à une balance. Plus une balance est « sensible », plus elle est « bonne ». Et réciproquement, plus elle est « bonne », plus elle est « sensible ». Il en est ainsi du système nerveux : plus il est sensible à une agression, plus il est sain ; plus il « tolère » l'agression sans réagir, moins il est sain.

 

2 - Le phénomène selon lequel l'absorption de ces produits entraîne des effets néfastes, effets qui sont exactement inverses de ceux qui sont recherchés au départ

 

Ce phénomène suivant lequel le résultat à distance est inverse de celui obtenu initialement – phénomène qui peut s'installer très rapidement – découle d'une donnée de physiologie élémentaire mais souvent méconnue : la mise au repos d'une fonction (si elle est autre que rare ou exceptionnelle) s'accompagne automatiquement d'une régression plus ou moins importante et prolongée de cette même fonction. Un muscle qui ne travaille pas s'atrophie, une faculté quelconque qui ne s'exerce pas périclite...

 

C'est dire que, de façon inexorable :

- l'aptitude au sommeil diminue après utilisation de somnifères ;

- l'aptitude à surmonter l'anxiété diminue après utilisation d'anxiolytiques ;

- l'aptitude à réagir diminue après utilisation de stimulants ou d'antidépresseurs.

 

Et la réciproque est également juste. Si une personne surmonte ses difficultés existentielles, non plus avec une aide chimique artificielle mais avec ses propres ressources personnelles (complétées éventuellement d'une simple aide psychologique), ses aptitudes à dormir, à surmonter l'anxiété et à supporter les difficultés de la vie progressent parallèlement.

 

Si l'on peut affirmer que la méconnaissance des effets néfastes des médicaments psycho-actifs constitue le principal facteur de leur consommation intempestive chez de nombreuses personnes, un autre élément joue dans le même sens un rôle considérable : le scepticisme et le doute quant aux capacités de la plupart des individus à surmonter par eux-mêmes les difficultés et les ennuis potentiellement réversibles d'ordre psychologique dont on parle ici, difficultés et ennuis inhérents à la vie quotidienne.

 

À propos d’insomnie

 

Il convient de remarquer que le dénominateur commun de toute insomnie ne dépendant pas d'une affection quelconque, représente une « excitation » de la pensée, excitation qui peut être le fait soit d'une certaine anxiété, soit au contraire d'un certain plaisir. « Ne pas dormir » suppose obligatoirement une pensée très active, un intérêt intense en éveil. On sait bien que les passionnés, qui pensent « plus » que les autres, dorment peu.

Il ne faut pas perdre de vue que le sommeil artificiel apporté par les substances médicamenteuses ne peut avoir la capacité réparatrice du sommeil physiologique qui obéit à une « architecture » fragile avec ses cycles précis. On a pu parler du sommeil physiologique comme d'un « chef d'œuvre en péril ». Le sommeil naturel, en effet, n'est pas un phénomène passif, mais au contraire un phénomène puissamment actif et complexe pendant lequel s'élaborent des opérations biologiques capitales, telle, par exemple, la sécrétion d'hormones. Aucun hypnotique ne peut le reproduire artificiellement.

L'insomnie prolongée, désordre grave par ses conséquences, appelle certes un traitement médicamenteux, mais ce traitement ne peut pas ne pas comporter des effets néfastes... C'est dire qu'une hygiène de vie satisfaisante dans ses principaux domaines (travail, loisirs, repos, alimentation, activité physique et intellectuelle...), hygiène complétée éventuellement par quelques petits « moyens», constitue la meilleure réponse aux troubles du sommeil et de l'humeur les plus fréquents, troubles qui sont réversibles chez la grande majorité des individus.

 

 

À propos de la fatigue

 

Il est dit parfois que les drogues stimulantes « aident à combattre la fatigue ». C'est une erreur : ces drogues ne réduisent pas la fatigue et le dysfonctionnement qu’elle induit, elles en réduisent seulement la perception du fait de la modification du système nerveux.

En pratique, par ce terme de fatigue on désigne deux notions conjointes mais fort distinctes :

- une sensation désagréable (« je me sens fatigué », « j'accuse une certaine souffrance »...)

- un certain dysfonctionnement de l'organisme, lequel peut être perçu ou non perçu par le sujet en fonction de la qualité de son système nerveux.

 

Par ailleurs, on considère qu'il y a schématiquement trois sortes de fatigue :

- celle qui relève d'une maladie mentale : « dépression », névrose...;

- celle qui relève d'une maladie organique ;

- celle qui, dans la vie courante, relève de l'activité habituelle familiale, professionnelle, sportive... , fatigue qui peut être qualifiée de « normale ». Cette forme de fatigue qui, seule nous intéresse ici, peut revêtir deux formes essentielles :

. une fatigue psychique qui se traduit notamment par le bâillement, l'envie de dormir, l'envie « de ne rien faire »...

. une fatigue musculaire qui se manifeste particulièrement dans les membres par une certaine pesanteur, une gêne, une tension, une douleur ...

 

Il faut considérer que cette dernière fatigue est avant tout un symptôme dont il faut tenir compte sous peine de risque et non une « affection »... Après quelques heures d'une activité quelconque, il est « normal » qu'une certaine sensation de fatigue soit présente et ressentie. Réciproquement, il est fâcheux et regrettable de ne pas la percevoir. Car la fatigue est d'abord un signe que la nature a mis à la disposition de l'individu pour lui indiquer que son organisme « souffre ». La fatigue est à l'activité, ce qu'est, par exemple, la douleur de la peau soumise à une certaine « agression » par la chaleur, le froid, la piqûre : elle représente pour l'organisme un avertisseur, un « feu rouge » à respecter. C'est un moyen de défense essentiel.

 

Or, cette perception suppose une intégrité du système nerveux.

 

Le vieillissement détériore lentement le système neuro-psychique et réduit ses capacités mais, en pratique courante, les altérations de ce système délicat et fragile sont le plus souvent le fait d'un mode de vie trop agressif. Certaines activités professionnelles, comme diverses formes d'inactivité, sont manifestement en cause, mais il faut leur associer l'utilisation de produits psycho-actifs qui attentent à l'intégrité du système nerveux en camouflant, réduisant ou supprimant la sensation de fatigue, sensation qui invite normalement le sujet à se reposer et à réparer « sa machine » avant que ne se constituent des dégâts occultes irréversibles.

 

Certes, tout individu a de grandes capacités d'adaptation et il ne doit pas s'en priver. Les limites de son action et de ses capacités se repoussent notablement par l'activité et par l'entraînement... Il en est ainsi du seuil de la fatigue, mais il est bon néanmoins de se souvenir qu'il y a des données « moyennes » dont il ne faut pas trop s'éloigner.

 

En conclusion, gérer la fatigue suppose de s'organiser dans la vie de tous les jours, d'aménager au mieux le temps consacré aux activités diverses, d'éviter les grands toxiques « sociaux » que sont les boissons alcooliques, le tabac, et les médicaments psychotropes, de savoir s'accorder « un plaisir quotidien » et de ne pas oublier, outre le sommeil nocturne, le temps consacré dans le cours de la journée au repos, à la relaxation, voire à la sieste, bref à la récupération ...

 

À propos d'état dépressif et de dépression

 

Si la « dépression » caractérisée est une maladie grave pouvant menacer la vie d'un sujet par défaut d'alimentation, de sommeil ou risque de suicide, il ne faut pas la confondre avec « l'état dépressif » banal avec ses moments de tristesse, de découragement, d'asthénie physique et psychique, état que de nombreux individus présentent un jour ou l'autre.

 

Dans le premier cas une thérapeutique s'impose manifestement d'urgence pour faire disparaître des symptômes dangereux en eux-mêmes. Obligatoirement médicamenteuse elle vise, en modifiant la chimie du cerveau, à aider l'individu à retrouver un certain équilibre.

 

Mais il faut bien voir que la thérapeutique en question ne fait qu'apporter dans l'immédiat un certain confort en supprimant avec facilité des symptômes gênants : elle ne s'adresse en rien aux causes de la maladie dépressive qui, généralement, s'est développée insidieusement depuis de très nombreuses années et dont le sujet est en fait le principal artisan.

 

C'est dire que les antidépresseurs peuvent être une thérapeutique parfaitement adaptée à nombre d’états graves où il faut éradiquer rapidement une grande souffrance psychique (même s’ils ne conduisent qu’à une rémission ou une stabilisation et non à la guérison). C’est dire aussi que ces médicaments ne sont en aucune manière indiqués dans la plupart des cas où l'état dépressif, « léger » ou « moyen », est potentiellement réversible.

 

Il faut voir aussi que la crise de « dépression », épisode de décompensation déclenché par un deuil, une difficulté affective ou professionnelle, peut représenter parfois un moment privilégié pour que la personne se remette en cause face à la souffrance, à la frustration et à l'angoisse et, au prix de quelques efforts, change quelque chose dans sa vie avec une aide éventuelle d'ordre psychologique. Car la pilule du bonheur sera toujours un leurre.

 

 

EN RÉSUMÉ, deux raisons essentielles expliquent la consommation intempestive des médicaments psychoactifs :

- la méconnaissance de leurs effets secondaires néfastes ;

- la sous-estimation de la capacité des individus à surmonter par eux-mêmes leurs difficultés banales d'ordre psychologique.

 

Si l'utilisation des médicaments en général doit avoir constamment en vue ses effets négatifs puisque la plupart d'entre eux contiennent des substances toxiques à plus forte raison doit-il en être ainsi lorsqu'il s'agit de produits agissant sur le système nerveux, système fragile, sensible et précieux s'il en est. Dans ce secteur de la santé plus que dans tout autre, il n'y a pas de médicament anodin : le bénéfice immédiat s'accompagne toujours à distance d'effets plus ou moins regrettables.

 

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LES HORMONES SEXUELLES FÉMININES

 

Comme on le sait, ces produits sont prescrits couramment dans deux perspectives :

- comme moyen contraceptif,

- au moment de la ménopause. 

 

L'une et l'autre pilule associent (sauf exception) les deux sortes d'hormones sexuelles féminines secrétées par les ovaires, à savoir :

- l'oestrogène – hormone spécifique de la féminité (en fait il y a plusieurs oestrogènes, les trois principaux étant l'œstrone, l'œstradiol et l'œstrol) ;

- la progestérone – hormone « de la grossesse ».

 

Il convient tout d'abord de rappeler que, selon un principe élémentaire de physiologie, l'administration (hors cas de carence) des diverses hormones de l'organisme se répercute toujours sur l'ensemble du système endocrinien dont tous les éléments sont intimement solidaires. Il en résulte une réaction en chaîne très complexe, un phénomène d'« inhibition-stimulation » dont les conséquences à moyen ou à long terme ne peuvent jamais être vraiment appréciées tant elles sont variables à l'infini.

(On peut noter qu'il s'agit là d'un principe de base enseigné en seconde année de médecine mais que la routine des prescriptions peut parfois faire oublier aux médecins).

 

Singulièrement, lorsqu'il s'agit de prescrire des hormones sexuelles à une femme, une seconde donnée à prendre en considération réside dans le caractère potentiellement cancérogène des oestrogènes (caractère que possèdent aussi les hormones masculines, les androgènes). Les nombreux cancers du sein ou du corps de l'utérus provoqués pendant longtemps par leur administration intempestive ne laissent planer aucun doute sur cette donnée scientifiquement acquise depuis 1933 (travaux de Lacassagne) et confortée depuis par de nombreuses études montrant une corrélation certaine entre le statut hormonal et le cancer du sein.

 

De cette donnée découlent aussi plusieurs pratiques généralisées admises par tous. D'une part, la « pilule » anticonceptionnelle ainsi que celle de la ménopause comportent presque toujours de la progestérone dont le but est de contrebalancer l'action de l'œstrogène potentiellement responsable soit d'une maladie bénigne du sein, soit parfois d'un cancer. (Et nous savons maintenant que, si cette association est efficace en ce qui concerne la protection de l'utérus, elle ne l'est pas pour le sein). D'autre part, le traitement courant du cancer du sein peut comporter l'utilisation de substances antagonistes (des anti-hormones) ou l'ablation des ovaires chez la femme non ménopausée – ceci pour réduire ou supprimer l'action néfaste de l'œstrogène.

 

C'est dire que l'administration des hormones en général, et celle des hormones sexuelles féminines en particulier (telles les deux prescriptions courantes de la « pilule » anticonceptionnelle et de la « pilule » de la ménopause faites à des femmes qui ne manquent pas d'hormones) est, et restera toujours, un geste aux conséquences imprévisibles s'apparentant quelque peu à celui de l'apprenti sorcier. Il n'est pour s'en rendre compte que de consulter le dictionnaire Vidal des spécialités pharmaceutiques et de voir les multiples contre-indications, mises en garde, précautions d'emploi, effets indésirables, interactions médicamenteuses que comporte l'utilisation de ces produits.

 

Il convient tout d'abord de remarquer que la pilule anticonceptionnelle (ou contraceptive) destinée à satisfaire le désir d'une femme de rester stérile tout en ayant des relations sexuelles ne relève pas d'un acte « médical » à proprement parler puisqu'il ne s'agit ni de prévenir ni de guérir une maladie. La prescription permet de répondre à une « convenance personnelle », elle ne représente pas un « traitement ». Seules les conséquences néfastes de ce geste relèvent de l'art médical, lequel commence obligatoirement par une surveillance attentive, compte tenu des risques encourus.

 

A la ménopause – ménopause, qui est une simple période de la vie génitale de la femme, mais non une maladie, et qui entraîne, certes une réduction importante d'hormones, mais non une « carence » (contrairement à ce qui est souvent dit ou écrit) – la prescription de la « pilule » est faite dans deux perspectives différentes : la première qui peut être considérée comme « de confort » vise à réduire les désagréments physiologiques inhérents à cette période (sécheresse de la peau et de la muqueuse vaginale, bouffées de chaleur...), la seconde à visée thérapeutique préventive pour réduire l'incidence des accidents cérébro ou cardio-vasculaires et celle de l'ostéoporose. On sait que ces accidents entraînent une morbidité et une mortalité importantes chez les femmes et que les oestrogènes ont été considérés depuis de nombreuses années, par la majorité du corps médical, notamment en France, comme des médicaments efficaces dans la prévention de ces affections.

 

 

L'administration d'oestrogènes dans la pilule anticonceptionnelle ou lors de la ménopause

 

Le risque théorique est toujours important d’administrer à une femme des oestrogènes lorsque son statut hormonal est normal – ce qui est le cas habituel – puisque se créée nécessairement un déséquilibre hormonal et que les hormones en question, comme il est dit plus haut, sont potentiellement cancérogènes. Les conséquences de ce surcroît d’hormones ne peuvent jamais être considérées a priori comme nulles ou insignifiantes. En effet, un cancer résulte le plus souvent, non pas d'une agression forte et unique, mais de « petites » agressions répétées qui, en détériorant insidieusement les éléments sensibles du noyau cellulaire, entraînent avec le temps le processus de cancérisation.

 

Quant au risque pratique, diverses études récentes permettent de l’apprécier. Ce sont

1) celle de l’American Medical Association de septembre 2002 et de mai 2003 concernant l’administration d’hormones lors de la ménopause

2) celle du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) d’août 2005 concernant la contraception hormonale et l’administration d’hormones lors de la ménopause.

 

1) Étude de l’American Medical Association de septembre 2002 et de mai 2003 concernant l’administration d’hormones lors de la ménopause concernant 16 608 femmes

au plan des inconvénients :

- une augmentation des cancers du sein : de 26 % (38 cas pour 10 000, contre 30 chez les femmes n’ayant pas eu ce traitement),

- une augmentation des infarctus du myocarde : de 29 % (37 cas pour 10 000, contre 30 chez les femmes n’ayant pas eu d’hormones)

- une augmentation des accidents vasculaires cérébraux : de 41 % (29 cas pour 10 000 contre 21 chez les femmes .

au plan des bénéfices :

      - une réduction des cancers du côlon : de 37 % (10 cas au lieu de 16 cas pour 10 000 femmes

- une réduction des fractures du col du fémur : de 24 % (10 cas au lieu de 16 cas pour 10 000 femmes)

Pour les auteurs de cette étude le rapport bénéfice/risque n’est pas en faveur du traitement.

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Deux autres études (publiées de nouveau dans le Journal de l'American Medical Association du 28 mai 2003) précisent que la thérapie hormonale accroît le risques de démence ou d’accident cérébral.

. dans la première étude ayant porté sur 4 532 femmes les auteurs écrivent : « Au total, le risque de démence pour les femmes prenant œstrogène et progestérone est le double de celui prenant le placebo ».

. dans la seconde étude, ayant concerné 16 608 femmes en bonne santé de plus de 50 ans, le risque d’attaque cérébrale est augmenté de 31 % chez les femmes ayant suivi un traitement hormonal. (risque de 1,8 %) tandis que ce risque est de 1,3 % chez celles ayant reçu un placebo. 

 

2) Étude du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) d’août 2005 concernant à la fois la contraception hormonale et l’administration d’hormones lors de la ménopause.

- une décision est prise : les hormones utilisées (œstrogènes et progestatifs en association) dans la contraception ou lors de la ménopause sont classées dans le groupe 1 des produits cancérogènes, groupe le plus élevé dans l’échelle en vigueur.

- ses conclusions sont les suivantes :

dans la pilule anticonceptionnelle.

. l’étude analyse une soixantaine d’études soit porte sur 60 000 femmes

. il existe une légère augmentation du risque du cancer du sein ; dix ans après la fin de l’utilisation le risque semble être redevenu identique à ce qu’il était avant utilisation

. le risque de cancer du col de l’utérus augmente avec la durée d’utilisation des hormones

. le risque de cancer du foie subit une faible augmentations

. le risque de cancer de l’endomètre (cancer du corps de l’utérus) et de cancer de l’ovaire est légèrement réduit

lors de la ménopause

. un accroissement du risque de cancer du sein

. ce risque s’accroît avec la durée d’utilisation

. ce risque est supérieur à celui qu’il serait avec l’utilisation des seuls œstrogènes

. une augmentation du risque de cancer de l’endomètre si les progestatifs sont pris moins de dix jours par mois

             

Il faut noter que la justification médicale d'oestrogènes lors de la ménopause reposait jusqu’ici sur le fait que ces hormones étaient susceptibles de protéger la femme vis-à-vis de deux risques notables : l'ostéoporose (responsable de fractures) et les accidents vasculaires. Les dernières enquêtes semblent donc confirmer l’intérêt des hormones en ce qui concerne la prévention de l’ostéoporose mais, en revanche, elles viennent nettement l’infirmer dans la prévention cardio-vasculaire.

 

Certes, les hormones utilisées en France à la ménopause, hormones « naturelles » provenant d'urine de jument, sont encore considérées dans notre pays comme moins pathogènes que les hormones synthétiques (présentes de toutes façons dans la pilule anticonceptionnelle). Si cette donnée n'est pas à exclure a priori, il faut néanmoins considérer que les résultats des vastes enquêtes émanant du monde anglo-saxon ne peuvent pas être tenus pour insignifiants. La structure chimique des hormones naturelles et artificielles est, en effet, sinon absolument identique, du moins très voisine. Et, il ne faut surtout pas perdre de vue non plus les deux données pratiques acquises signalées plus haut, preuves expérimentales s'il en est de cette action potentiellement cancérogène des oestrogènes naturels : la progestérone de la pilule de la ménopause réduit le risque de cancer du corps l'utérus, les anti-oestrogènes sont efficaces dans le traitement du cancer du sein.

 

On peut ajouter que le débat scientifique concernant les hormones est considérablement perturbé et obscurci, et par les gigantesques intérêts économiques des laboratoires pharmaceutiques (qui contrôlent largement l'information par l'intermédiaire des journaux, des congrès, des visiteurs médicaux...), et par une certaine idéologie « d'avant-garde » présente dans la presse féminine qui, associant la commisération vouée aux « attardées » qui ne prennent pas de « pilules » et le mirage faustien d'une cure de jouvence, verrait bien toutes les femmes « être aux hormones » à partir de la puberté.

 

Que l'on ne se méprenne toutefois pas sur ce qui vient d'être écrit : ce n'est pas parce que la ménopause relève de la « nature » qu'elle doit nécessairement être « intouchable ». Comme on le sait, la médecine intervient souvent pour pallier les multiples malfaçons, ratés ou insuffisances de cette nature, voire à tricher avec elle, mais il reste que la manipulation hormonale réalisée par les "pilules" est un geste qui va à l'encontre de la physiologie et, partant, fait courir des risques caractérisés et que ces risques sont même très augmentés par certains facteurs associés. S'agissant notamment de la pilule anticonceptionnelle on sait qu'ils sont représentés particulièrement par le tabagisme (à ce propos diverses études parlent d'association « explosive »), l'obésité, les antécédents familiaux de cancer du sein, d'accidents cérébro et cardio-vasculaires, d'hypercholestérolémie, voire de varices des membres inférieurs.

 

En conclusion de ce débat sur les rapports entre cancer et pilules à oestrogènes on peut dire schématiquement que l'utilisation de ces pilules comporte :

- un risque théorique certain (car, dans l'un et l'autre cas, deux données fort importantes ne sont pas respectées) ;

- un risque pratique de cancérisation et d'accidents vasculaires cérébraux et cardiaques dont l’incidence statistique est assez notable et dont les manifestations sont toujours graves chez les personnes atteintes et, quand elles surviennent chez des femmes jeunes,  dramatiques.

 

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C’est dire en résumé que

. pour un médecin, dé-prescrire (suivant l’expression du Pr Patrice Queneau) fait intiment partie de sa science et de son art

 pour un patient, se dé-conditionner vis-à-vis de médicaments ou de gestes inutiles ou dangereux est hautement bénéfique

On peut ajouter que la démarche de l’un et de l’autre est également bénéfique pour la société et plus particulièrement, en France, pour la Sécurité sociale.

 

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De quelques aphorismes destinés aux usagers de la médecine :

 

La prescription systématique par le médecin d’une ordonnance, comme son attente systématique par le patient,  relève de la magie.

 

Les moyens de la médecine sont souvent nécessaires pour aider un patient à surmonter des difficultés qu’il ne peut résoudre seul ; dans le cas contraire ils l’affaiblissent... Bien entendu les cas sont nombreux où règne le doute et pour le médecin et pour le patient...

 

Tout médicament (sauf exception) est une substance toxique ; tout traitement (y compris la psychothérapie) comporte toujours des conséquences défavorables à côté de celles qui sont potentiellement favorables. 

 

Un toxique (comme l’alcool des boissons) n’est jamais « bon  pour la santé » : il ne peut être « bon » que pour un organe particulier tandis qu’il est « mauvais » pour d’autres.

 

La dernière « pilule » anticonceptionnelle n’est pas « bonne » ou « anodine »: elle est seulement « moins mauvaise » (en principe) que la précédente. 

 

L’utilisation des pilules hormonales (à œstrogènes) rentre parfois dans le cadre du traitement bénéfique d’une femme malade ; il s’agit le plus souvent de la « manipulation » hormonale d’une personne saine.

 

La fièvre, la douleur, l’inflammation, la sensation de fatigue... sont, d’abord et par principe, des « signes » à reconnaître voire à respecter avant d’être considérés comme des manifestations néfastes à supprimer à l’aide de médicaments.

 

Respecter la « nature » n’est pas un dogme médical – la médecine « passe une partie notable de son temps » à en pallier les ratés, les défauts ou les désagréments – mais ce respect doit néanmoins être toujours présent à l’esprit.

 

On sait qu’un acte jugé initialement « insignifiant », « gratuit », « anodin », « machinal » devient  volontiers avec sa répétition chez le même individu, un acte « significatif », « important », « sérieux », « digne de foi ». La prescription répétitive d’ordonnances par le médecin entraîne volontiers une dérive de ce type : celle « d’y croire ». Parallèlement elle constitue, pour le patient, un certain risque...

 

De même que, comme le disait Clémenceau,« la Défense Nationale est bien trop importante pour être laissée aux militaires » , la Médecine est également trop importante pour être laissée aveuglément aux seuls médecins... Pour le patient, la confiance, de mise a priori envers son médecin, ne dispense pas d’un certain esprit critique.

 

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----------------------------------------Dr A. Gaillard – Médecin honoraire du CHU de Nantes – juillet 2009