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Prévention des cancers, des maladies cérébro et cardio-vasculaires et des effets néfastes (alcoolisme, tabagisme…) des drogues licites

 

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Le texte qui suit peut être imprimé : il comporte 17 pages.

LES DROGUES LICITES
ET LEURS EFFETS NÉFASTES SUR LE SYSTEME NERVEUX

 

SOMMAIRE

I -Qu'est-ce qu'une drogue ?

II - Les principales drogues et les produits contenant des drogues licites : boissons alcooliques, tabac, café, médicaments psycho-actifs

III - Les effets-retard des toxiques : notions d'« accoutumance», de « tolérance» et de « dépendance »

IV - L'alcool éthylique

V - La nicotine

VI - La caféine

VII - Les médicaments psycho-actifs

 

I -QU'EST-CE QU'UNE DROGUE ?

D'une façon générale, on désigne sous le terme de « drogues » toutes les substances chimiques qui sont susceptibles d'agresser les tissus de l'organisme, de modifier le fonctionnement des organes, voire de les détériorer.

En fait, en pratique courante, on désigne plus particulièrement les substances qui agressent et altèrent le système nerveux - d'où leurs effets d'ordre psychique et neurologique. Dans la grande majorité des cas, l'action de ces substances psycho-actives entraîne une atteinte plus ou moins grave des fonctions cérébrales avec un trouble très particulier : la dépendance.

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II -LES PRINCIPALES DROGUES

Suivant qu'elles sont tolérées ou non par les sociétés humaines, et notamment par les sociétés occidentales, ces drogues peuvent être classées en deux grandes catégories : licites et illicites.

LES DROGUES LICITES
Utilisées par un grand nombre d'individus ce sont avant tout:
- l'éthanol (ou alcool éthylique) des boissons alcooliques : vin, bière, apéritifs, digestifs ;
- la nicotine du tabac ;
- la caféine du café, du thé, de certaines boissons industrielles ;
- les médicaments psycho-actifs prescrits comme somnifères, antalgiques, stimulants, tranquillisants, anxiolytiques, antidépresseurs

LES DROGUES ILLICITES
Utilisées de façon plus ou moins clandestine elles sont, ou « naturelles » en provenance des plantes, ou bien fabriquées industriellement. Ces drogues qui alimentent un marché clandestin aux profits considérables se présentent sous des formes extrêmement variables et changeantes. Les plus banales sont actuellement :
- le T.H.C. (tétra-hydro-cannabinol) contenu dans une plante textile : le chanvre indien ou cannabis et qui est utilisé sous deux formes principales : le haschich et la marijuana ; la cocaïne, le crack, le LSD, la morphine et l'héroïne extraites de l'opium, les amphétamines et l'ecstasy.
Mais de nouvelles drogues de synthèse apparaissent perpétuellement sur le marché. Parmi les récentes particulièrement dangereuses citons : le Spécial K, le GHB, le DOB, le 2CB.

Pour une information sur ces drogues illicites, peuvent être consultés les sites "Internet" des organismes suivants :
-
Mission Interministérielle de la Lutte contre la Toxicomanie (MILT)
-
Centre National d'Information sur la Drogue (CNID)

Nous nous intéresserons ici uniquement aux produits contenant des drogues licites :
- les boissons alcooliques ;
- le tabac ;
- le café ;
- les médicaments psycho-actifs.

Comme pour toute substance leur toxicité s'apprécie:
- par des effets immédiats, lors d'une prise unique ;
- par des effets à distance, en cas d'absorption prolongée.

Certains de ces divers effets sont spécifiques à la drogue en cause, d'autres au contraire, en cas d'absorption répétée, sont semblables quelle que soit cette drogue.

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III - Le phénomène général lié à l'absorption répétée des drogues :
NOTIONS D'ACCOUTUMANCE, DE TOLÉRANCE ET DE DÉPENDANCE.

D'une manière générale, quand un produit chimique toxique est introduit dans l'organisme on obtient schématiquement deux résultats :

- si la dose est unique et forte sur un organisme vierge:
. ou bien l'organisme meurt ;
. ou bien le sujet ressent un certain nombre de troubles : il est« malade ».

- si le même produit est absorbé, de façon répétée, à une dose d'abord faible, puis très progressivement croissante (jusqu'à atteindre celle qui était mortelle dans le cas précédent):
. non seulement l'organisme ne meurt pas ;
. mais il ne ressent aucun trouble : c'est le phénomène dit d'« accoutumance ».

La répétition entraîne donc une certaine adaptation de l'organisme vis-à-vis du produit.

LE PHÉNOMÈNE DE L'ACCOUTUMANCE

Ce phénomène a été découvert il y a bien longtemps. Dans l'Antiquité, on utilisait volontiers le poison pour faire disparaître ses adversaires et les Grands de ce monde redoutaient à juste titre cette cause de mort brutale. On rapporte ainsi que le Roi Mithridate, voici plus de 2000 ans, après avoir eu l'astuce de s'administrer régulièrement de petites doses de poison, resta en vie le jour où il en absorba involontairement une dose importante introduite dans ses aliments par une main criminelle. Mithridate avait compris, tout au moins partiellement, ce phénomène d'adaptation qu'en souvenir de lui on appelle« mithridatisation ».

Prenons maintenant un cas banal, celui d'un individu qui, ne pouvant pas dormir car il a quelques soucis familiaux ou professionnels durables, prend chaque soir un comprimé de somnifère. Ses nuits sont apparemment « bonnes »,ses réveils « faciles », ses journées« satisfaisantes »...

Au bout de quelques semaines il constate que le comprimé devient progressivement moins efficace. S'il persiste à vouloir trouver un sommeil artificiel il doit augmenter les doses du même produit, ou bien il doit en utiliser un nouveau.

C'est donc un fait général d'observation que l'absorption régulière et fréquente d'un produit toxique par un individu est suivie de réactions de moins en moins marquées. Le sujet arrive ainsi à «supporter », après un certain temps, des doses importantes de toxique, doses qui pourraient entraîner des accidents graves chez un sujet non habitué.

C'est le phénomène dit d'« accoutumance».

LE PHÉNOMÈNE DE LA TOLÉRANCE

La personne qui consomme régulièrement une substance toxique et qui augmente de façon lente et progressive les doses absorbées, arrive donc à « tolérer », apparemment sans troubles, des quantités importantes de cette substance, alors que le sujet qui n'en consomme que rarement ou jamais, présente, pour des doses assez faibles, des troubles divers : maux de tête, vertiges, troubles de l'équilibre, phénomènes d'excitation... Pour une alcoolémie de 1 gr, par exemple, il est toujours inapte à conduire une voiture, alors que le buveur habituel peut très bien n'avoir, avec cette même alcoolémie, qu'une diminution assez peu importante de ses aptitudes (tout au moins si on les compare à celles qu'il possède quand son alcoolémie est nulle).

Devant ce phénomène de la «tolérance », on serait tenté de considérer que le sujet a acquis une résistance bonne et désirable... C'est une erreur. La tolérance n'est pas une forme d'immunité ou le témoin d'une capacité particulière de tel sujet : elle traduit avant tout une absence des réactions normales de défense. C'est le signe d'une intoxication chronique occulte.

En effet, après absorption de tout produit néfaste à l'organisme, ce qui est normal c'est de percevoir le plus rapidement possible un signal de mise en garde, une réaction d'alarme qui va permettre au sujet de « se sentir malade »,de stopper l'absorption toxique et éventuellement de solliciter une thérapeutique.

Le fait qu'un sujet est « tolérant » signifie d'abord que ses cellules nerveuses ont perdu de leur sensibilité, que certaines se sont émoussées ou amoindries et que s'est installée une forme d'intoxication chronique.

Une des fonctions importantes du système nerveux consiste, en effet, à protéger l'individu des agents d'agression et particulièrement des produits toxiques. Dans son rôle de protection il peut être comparé à une balance. Plus une balance est « sensible », plus elle est «bonne ». Et réciproquement, plus elle est « bonne», plus elle est « sensible ». Il en est ainsi du système nerveux : plus il est sensible à une agression, plus il est sain ; plus il « tolère » l'agression sans réagir, moins il est sain.

Le sujet « tolérant » est de façon permanente un sujet « diminué », handicapé, abîmé, et qui réagit d'autant moins qu'il est « tolérant ».

Le phénomène dit « d'accoutumance » comporte donc deux aspects complémentaires comme l'endroit et l'envers. Le premier, c'est le défaut de perception de certains troubles. Il peut être considéré d'une certaine manière comme « agréable ». Le second, quant à lui, est regrettable, c'est l'absence de réaction des défenses protectrices de l'organisme. C'est ainsi qu'un nombre considérable de personnes sont «diminuées » de façon permanente à leur insu et que le diagnostic d'intoxication chronique n'est fait par le médecin qu'à un stade tardif à l'occasion d'une complication spectaculaire et grave, stade où les lésions sont souvent irréversibles et les traitements peu efficaces.

De ce qui précède, il ressort que la tolérance d'un individu augmente progressivement avec le temps, parallèlement à l'intoxication. Il faut noter toutefois que, après un temps assez long, cette tolérance atteint un palier puis diminue lorsque l'intoxication conduit à un stade de déchéance organique trop profonde. Le sujet redevient « sensible »,intolérant. Malheureusement pour lui, il est toujours trop tard...

Ainsi donc :
- la nocivité de tout toxique, ne s'apprécie valablement que par référence aux perturbations présentées par un sujet « vierge »,
- l'habitude fréquente de prendre un toxique à «petites doses » est plus grave de conséquences pour l'organisme que l'absorption occasionnelle d'une « forte »dose.

LE PHÉNOMÈNE DE LA DÉPENDANCE

D'une manière générale, la dépendance se définit comme une perte de liberté, une sorte d'esclavage vis-à-vis d'un produit chimique, d'une habitude, d'un environnement, tous facteurs qui apportent une satisfaction immédiate d'ordre physique et/ou psychique.

Quand cette dépendance est relative à un produit chimique elle se nomme toxicomanie. C'est celle dont on parle habituellement : elle représente la dépendance de très loin la plus grave. Il en est ainsi avec les «drogues » qui ont toutes une action modificatrice du psychisme.

Quand cette dépendance est relative à une habitude, à un environnement, à une ambiance elle est, en général, moins contraignante et donc moins grave. D'ailleurs, on ne peut la considérer comme pathologique qu'à partir d'un certain stade : il ne saurait y avoir de limites nettes entre cet état et la « normalité». La dépendance est d'abord une donnée physiologique concernant à ce titre tous les individus.

La dépendance à un produit chimique – la toxicomanie - dont les manifestations peuvent être d'ordre psychique ou physique - sont représentées par deux phénomènes associés :

1) un état « de manque »
La satisfaction, qui relève de l'action directe du produit sur le système nerveux, est si intense qu'en son absence le sujet présente « un état de manque » (l'organisme« réclame quelque chose ») avec, comme conséquence, un attrait plus ou moins irrésistible, une pulsion plus ou moins invincible pour le renouvellement du produit en cause, même lorsque le sujet est parfaitement conscient des risques qu'il court. Avec certains produits, outre des douleurs physiques intenses, la perturbation psychique est telle qu'elle peut engendrer une agressivité et conduire à des actes de grande violence.

2) un syndrome de sevrage
Se manifestant à l'arrêt du produit, ce syndrome est constitué de troubles divers tels que : insomnie, céphalées, transpiration, anxiété, dépression, tremblements, irritabilité, agitation voire confusion mentale avec hallucinations...

Comme il a déjà dit, ces deux phénomènes sont communs à toutes les drogues psycho-actives, seule leur intensité est variable

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IV -L'ALCOOL ÉTHYLIQUE ou ETHANOL

Les perturbations ou les maladies caractérisées du système nerveux dues à l'alcool éthylique sont multiples. Le tableau suivant permet d'en avoir une d'ensemble de cette vaste pathologie. On distingue ainsi :

celles qui relèvent d'une alcoolisation passagère :
. légère :
l'euphorie, les troubles de la vision, les troubles des réflexes...
. profonde : les ivresses

celles qui relèvent d'une alcoolisation habituelle et profonde :
- les perturbations chroniques d'ordre psychique ou neurologique;
- les maladies caractérisées qui peuvent être:
. psychiques pures : les alcoolomanies ou alcoolo-dépendances.
. neurologiques pures : les polynévrites.
. mixtes et complexes : les syndromes de sevrage, les accidents vasculaires cérébraux, les encéphalopathies, l'épilepsie.

Mais, ne seront traitées ici que les perturbations les plus courantes susceptibles d'intéresser « tout le monde », elles sont marquées en caractères gras.

LES PERTURBATIONS SIMPLES DU SYSTÈME NERVEUX
en rapport avec une alcoolisation passagère et légère

Ces perturbations du système nerveux provoquées par de faibles doses de boissons alcooliques sont représentées avant tout par :
1°) une perturbation mentale mineure : l'euphorie ;
2°) des troubles de la vision ;
3°) des troubles des réflexes.

Habituellement, elles ne sont pas ressenties par le sujet qui, de ce fait, n'est pas conscient du risque qu'il court ou fait courir aux autres ; elles peuvent aussi être inapparentes pour l'entourage. C'est le stade dit « infra-clinique » de l'intoxication ne se manifestant pratiquement par aucun signe extérieur.

1°) L'EUPHORIE

L'alcool éthylique est une drogue psycho-active. C'est avant tout un anesthésique et, de ce fait, un tranquillisant et un anxiolytique.

L'euphorie, cette modification ou perturbation de l'humeur que provoque l'alcool, est essentiellement une sensation artificielle de bien-être et de satisfaction qui trompe l'individu sur ses capacités. Le consommateur d'alcool est plus ou moins handicapé du point de vue psychique comme il l'est, par exemple, après absorption de médicaments tranquillisants ou somnifères. Ayant des facultés diminuées, il minimise les risques et les difficultés que comportent certains travaux ou certaines activités comme la conduite automobile. Il est volontiers plus insouciant, plus téméraire, plus agressif, moins attentif.

Sur la route, le conducteur qui a pris des boissons alcooliques aune tendance plus ou moins marquée à oublier qu'il n'est pas seul. De là, les excès de vitesse, les dépassements inconsidérés, le non respect des règles de priorité, souvent facteurs en cause dans les accidents de la circulation routière.

Dans les entreprises, le travailleur est enclin à transgresser les règles de prévention, à négliger les précautions élémentaires, à minimiser le danger pour lui et pour les autres. Il en est de même dans les conduites de guerre...

Quelques travaux d'expérimentation permettent de bien apprécier cette perturbation du jugement que représente l'euphorie. Citons ceux de Cohen qui ont intéressé des conducteurs professionnels d'autobus de Manchester. Il s'agissait pour eux de faire passer leur véhicule à travers un espace variable, chaque conducteur indiquant lui-même l'espace le plus étroit à travers lequel il se proposait de conduire son véhicule.

Les sujets furent répartis en trois groupes :
- un groupe témoin n'absorba pas d'alcool,
- le 2ème groupe absorba 2 whiskies (23 cm3 d'alcool pur, soit1/5ème de litre de vin à 12°),
- le 3ème absorba 6 whiskies (68 cm3 d'alcool pur ou 570 cm3de vin à 12°).

Les conclusions des auteurs furent celles-ci :
« Certains des conducteurs chevronnés, même après avoir bu 6 whiskies étaient doués d'une adresse extraordinaire. Ils étaient capables de mener à une vitesse de 30 à 45 km à l'heure un autobus à deux étages à travers un espace balisé ne laissant de chaque côté que quelques centimètres... Mais, fait notable, ils se croyaient encore capables de faire mieux ! »

Pour les auteurs : « les accidents de la circulation liés aux boissons alcooliques sont dûs, moins à une diminution de l'habileté qu'à un abaissement du jugement. Une petite quantité d'alcool permet de voir s'effondrer la relation entre ce que nous estimons pouvoir faire et ce dont nous sommes effectivement capables ».

2°) LES TROUBLES DE LA VISION

Les troubles passagers que les boissons alcooliques peuvent entraîner, sont :
- une diminution de la faculté d'accommodation (qui, par l'appréciation incorrecte des distances en résultant, est à l'origine de dépassements inconsidérés sur la route) ;
- une augmentation du temps d'éblouissement ;
- un rétrécissement du champ visuel (qui explique un certain nombre de refus de priorité pour des véhicules venant sur des routes latérales).

3° LES TROUBLES DES RÉFLEXES

Ces troubles, dûs essentiellement à l'action anesthésique de l'alcool sur les voies nerveuses transmettant les informations visuelles et auditives ainsi que les réactions motrices adéquates, sont représentés par :

- un ralentissement des gestes. Avec une alcoolémie de 0,80gr, on estime que le retard des réflexes est approximativement de l'ordre de 0,5 seconde. Pour un véhicule qui roule à100 km/heure, le freinage exige ainsi 14 mètres de plus que chez un sujet non alcoolisé. Ce ralentissement des gestes est aussi, bien entendu, un facteur d'insécurité au cours de nombreux travaux.

- une imprécision des gestes. Il semble que l'inadaptation des gestes ait, dans le déterminisme des accidents de la route et du travail, une influence encore plus grande que leur ralentissement.

Comme l'ont montré bien des études :
- avec une alcoolémie de 0,15-0,25 gr. des troubles sont appréciables dans 50 % des cas.
- avec une alcoolémie de l'ordre de 0,30 gr ils sont constants.


LES ALCOOLO-DÉPENDANCES

La dépendance alcoolique
- représente essentiellement, comme celle qui résulte de l'usage de la plupart des drogues, une dépendance pharmacologique, c'est-à-dire une dépendance aux effets de l'alcool sur le système nerveux. L'alcoolomanie est essentiellement une toxicomanie.
- elle n'est qu'accessoirement une dépendance à l'environnement. Ce type de dépendance, qui peut être lié aux lieux de consommation, aux gestes et démarches faites pour la satisfaction du besoin, aux personnes de l'entourage... reste toujours d'importance réduite par rapport à la toxicomanie proprement dite.

L alcoolo-dépendance, avec, en premier lieu, sont «état de manque », revêt quelques caractères particuliers par rapport à celle qui s'établit avec des drogues majeures :
- elle n'atteint qu'une assez faible proportion de consommateurs : 5%environ deviennent alcoolomanes ;
. en France, la plupart des sujets ayant une consommation toxique habituelle ne présentent pas d'alcoolomanie mais une autre forme d'alcoolisme chronique. (Cette donnée n'est toutefois valable que pour les hommes, non pour les femmes).
- elle est lente à s'établir : elle demande en général plusieurs années, contrairement à ce qui se passe avec les drogues majeures ;
- mais, comme celle qui résulte de l'usage de ces dernières drogues, elle est néanmoins définitive. Même après de nombreuses années d'abstention complète de produits alcooliques, le sujet reste fragile : toute prise peut entraîner une incapacité à maîtriser la consommation. Une rechute brutale survient presque automatiquement suivant un phénomène qu'on a pu comparer à celui de l'allergie. On parle éventuellement de la « stabilisation» d'un malade alcoolomane mais non de la guérison.

On peut ajouter :
- que cette dépendance est pendant assez longtemps compatible avec une activité professionnelle « acceptable »;
- que les notions de marginalité, de clandestinité, n'accompagnent pas en général cette toxicomanie, car l'usage culturel et l'usage toxicomaniaque sont souvent confondus. L'alcool est une drogue licite.

Quant au syndrome de sevrage alcoolique, il revêt des degrés fort différents suivant les cas :
- au moindre degré, il se manifeste le matin par un tremblement qu'apaise l'ingestion du premier verre de boisson alcoolique ;
- au stade suivant : outre le tremblement, il existe des sueurs, une insomnie, des cauchemars, une agitation, des vomissements ;
- à un stade encore plus tardif des convulsions peuvent apparaître, voire un délire aigu ou subaigu : le délirium tremens...

LES CAUSES DES ALCOOLO-DÉPENDANCES

Schématiquement il y a deux types d'alcoolomanie :

L'alcoolomanie primaire

Ici, la cause essentielle est représentée par:
L'action psychotrope des boissons alcooliques prises par simple habitude, dans la méconnaissance de leurs effets toxiques.

Certaines études estiment que 50 % au moins des alcoolomanes hommes, en France, n'avaient initialement aucun trouble psychique. Chez ces sujets, la consommation de boissons alcooliques, et de vin en particulier, n'est, au départ, que le fait de l'habitude et de la méconnaissance de leurs effets toxiques. Si, chez certains consommateurs, se manifestent des atteintes digestives (telle une cirrhose) ou neurologiques (telle une polynévrite), chez d'autres ce sont des perturbations mentales, telle une alcoolomanie, qui apparaissent.

Cette « alcoolomanie d'ignorance » est particulièrement fréquente dans notre pays tant sont pesants le conditionnement, les traditions, les croyances mythiques et tant est grand le nombre de consommateurs (puisque que le nombre de malades est directement fonction du nombre des usagers).

L'alcoolomanie secondaire

Ici, des troubles psychiques ont précédé et engendré l'alcoolisation. C'est dire qu'ils vont s'associer et se combiner à ceux qui relèvent directement de l'alcool
Toutes les perturbations mentales peuvent pratiquement se compliquer d'une alcoolomanie. Ce sont notamment :
1° Les troubles simples de la personnalité
Ces troubles de la personnalité peuvent être bien entendu être constitutionnels ou acquis. Lorsque ils sont acquis les causes en sont multiples, mais il faut remarquer néanmoins, chez le sujet jeune notamment, que l'alcool est souvent en cause soit de façon directe en tant que drogue psycho-active, soit de façon indirecte par l'alcoolisation des parents et l'ambiance familiale perturbatrice qui en résulte.

2° Les troubles de nature névrotique
Ces troubles sont représentés avant tout par l'angoisse et la dépression. Ils conduisent à une alcoolomanie de compensation. L'individu incapable par lui-même e résoudre ses conflits existentiels, de surmonter ses ennuis ou ses frustrations, d'accepter ses insuffisances et ses carences, a recours aux effets euphorisants et anxiolytiques de l'alcool. Momentanément, il rétablit ainsi un certain équilibre, il « colmate les brèches »...:c'est l'équivalent du recours au médecin et aux médicaments psycho-actifs.

3° Les troubles de nature psychotique
Ici, les sujets rejettent des valeurs reconnues telles que l'autorité, l'ordre, le respect des biens et des personnes...Les perturbations sont diverses : instabilité dans l'activité ou dans les sentiments, inadaptation au travail et à la vie conjugale, violence et révolte, trangression des rites sociaux, perte du métier et des relations humaines...

4° Les déficits intellectuels constitutionnels ou acquis
Ces déficit intellectuels sont souvent cause d'alcoolisation par manque de discernement...

ETUDE CLINIQUE D'UN CAS COURANT

Comme il est dit précédemment, il n'y a pas une alcoolomanie mais des alcoolomanies dont les formes cliniques sont extrêmement diverses. Aussi ne décrirons-nous ici qu'une forme simple et courante d'alcoolo-dépendance primaire chez un homme.

Cette forme est de façon habituelle l'aboutissement d'une longue période de consommation toxique selon un processus lent, sournois qui fait franchir insensiblement la frontière qui mène à la grande dépendance alcoolique

Au début
Le sujet profite de toutes les occasions de boire que lui offre son groupe social. Il a la conviction qu'il recherche avant tout une compagnie, il parle facilement de l'alcool et se vante même des excès auxquels il se livre.

Progressivement il prend conscience des effets de l'alcool. Le produit lui apparaît alors comme capable d'étancher sa soif, d'atténuer ses sensations douloureuses, de soulager sa tension, de lui faciliter la vie...

Plus tard
La sensation de besoin apparaît : pour se sentir «normal » le sujet a besoin d'une certaine dose d'alcool. S'il y a sevrage, des perturbations apparaissent, tout au moins sur le plan psychique.

Parallèlement naît un sentiment de culpabilité et le sujet essaie de sauver les apparences. Il dissimule sa consommation alcoolique, il boit en cachette, il évite de parler d'alcool, il trouve des arguments pour justifier ses excès publics...

Des conflits surgissent avec la famille, notamment avec l'épouse car la sexualité est perturbée. Il existe souvent une homosexualité latente (comme chez ceux qui, au café et toujours entre hommes, se livrent à certaines activités de jeux...)

Des situations conflictuelles apparaissent aussi avec les amis, les employeurs, les collègues de travail, d'où les réactions d'agressivité. L'alcoolomane centre de plus en plus son activité sur l'alcool et essaie de briser son isolement avec des copains.

Parallèlement à cette dépendance, des troubles divers apparaissent : amaigrissement, perte d'appétit, tremblement, troubles psychiques. Parmi ces derniers, les plus fréquents sont :
- l'instabilité, l'énervement se manifestant sous des prétextes futiles ;
- la régression affective responsable d'un renforcement du narcissisme, d'un désintérêt pour la famille, d'un sentiment d'abandon par l'entourage, d'attitudes passagères de repentir...
- la « mauvaise foi ». Elle porte le sujet à nier son alcoolisation. Il s'ensuit souvent un dialogue de sourds entre le médecin et lui ;
- l'état dépressif qui est lié soit à l'action psychotrope directe de l'alcool éthylique, soit aux perturbations du climat familial et professionnel ;
- la jalousie. Elle peut aller du vague soupçon quant à la fidélité de la conjointe jusqu'à la psychose délirante chronique ;
- les troubles du jugement et du raisonnement. Il y a toujours une perte de la capacité de s'apprécier par rapport aux autres, une altération de la relation à autrui ;
- les troubles de la mémoire qui interfèrent avec la mauvaise foi.

Ce n'est souvent qu'à un stade tardif que l'alcoolomane accepte de se faire soigner le plus souvent sous la pression de l'entourage familial ou professionnel.

LES FORMES CLINIQUES DES ALCOOLO-DÉPENDANCES

Elles sont extrêmement variées puisque elles sont fonction des causes, de l'âge, du sexe, des produits utilisés... Citons particulièrement :

Les alcoolomanies secondaires à des perturbations psychiques

- l'alcoolomanie par troubles simples de la personnalité
C'est en général une alcoolomanie de groupe. Le sujet boit avec les autres, au café, dans les caves, sur les chantiers. Cette alcoolomanie est rarement solitaire. Elle concerne essentiellement les hommes.

- l'alcoolomanie des états névrotiques
Elle comporte une alcoolisation qui peut être habituelle ou épisodique. Les effets recherchés sont le dopage et le sommeil, effets qui s'épuisent bien entendu avec le temps tandis que progresse l'état dépressif.

- l'alcoolomanie des états de nature psychotique
Cette alcoolomanie se rapproche de la toxicomanie aux drogues majeures telles que l'héroïne, la morphine, le L.S.D.
Les épisodes d'alcoolisation sont contemporains des poussées de la maladie.
Le sujet se présente souvent comme un être à double personnalité : l'une tranquille pour l'extérieur et le médecin, l'autre agressive, voire odieuse pour la famille.
Cette forme d'alcoolomanie qui, comme les autres formes, peut s'établir dès l'âge de 17-18 ans, peut engendrer des actes délictueux ou criminels.

L'alcoolomanie du sujet jeune

A côté des formes décrites précédemment chez l'adulte et qui intéressent aussi le sujet jeune, il existe une forme de développement assez récent
- soit isolée ;
- soit associée aux autres toxicomanies (dans ce cas la boisson alcoolique représente habituellement la première drogue).

Il est à noter que chez le jeune, à l'inverse de ce qui se passe chez l'adulte, ce n'est pas l'effet euphorisant qui est habituellement recherché, mais plutôt l'effet d'anéantissement, d'inconscience, d'éclipse, de «défonce ».

L'alcoolomanie de la femme

Cette alcoolomanie est en augmentation très importante depuis une vingtaine d'années.

Les différents troubles décrits précédemment se retrouvent aussi à la base de l'alcoolomanie féminine. Cependant, dans la quasi-totalité des cas, il y a une névrose sous-jacente, névrose d'angoisse le plus souvent.

Elle se voit surtout chez les femmes au foyer pour qui il s'agit de combler un vide existentiel, chez les jeunes femmes, ouvrières notamment, cherchant à affirmer leur égalité avec les hommes.

L'utilisation de boissons alcooliques fortes est plus souvent utilisée chez les femmes que chez les hommes.

L'alcoolisation est souvent de type paroxystique avec des phases d'alcoolisation aiguë, particulièrement dans la période prémenstruelle, et des périodes de sobriété.

Il s'agit habituellement d'une alcoolomanie :
- de compensation et non d'imitation. L'image de la femme « qui boit » est mal acceptée par l'environnement, contrairement à celle du buveur homme ;
- honteuse : le femme ne boit pas avec les autres, mais seule dans la clandestinité ;
- culpabilisante.

A un certain stade, la femme alcoolomane qui apparaît souvent négligée, se présente habituellement dans un état dépressif, avec d'importants troubles psycho-affectifs : sentiment de solitude, d'ennui, d'abandon, d'incompréhension, de vide intérieur, d'insécurité profonde.

A cette perturbation mentale s'ajoutent, plus souvent que chez les hommes, des atteintes organiques : hépatiques et nerveuses notamment. Le pronostic est toujours grave, le traitement difficile.

Pour une vue d'ensemble de la pathologie alcoolique, le texte : " Les boissons alcooliques et le risque-alcool" peut être consulté sur le même site Internet.

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V – LA NICOTINE

Si les méfaits du tabac sont fort importants - puisqu'ils sont responsables d'une grande morbidité et d'une mortalité considérable (60 000 morts environ par an en France) - il faut noter d'emblée que ces méfaits sont avant tout cardio-vasculaires et pulmonaires et que les perturbations du système nerveux en rapport avec la nicotine – perturbations qui, seules, nous intéressent ici - sont nettement moins graves que celles qui résultent de l'usage de la plupart des autres drogues. D'une part il n'y a pas avec ce produit d'altération des fonctions intellectuelles et affectives ;d'autre part la dépendance à la nicotine, contrairement à la dépendance aux autres drogues courantes, est réversible chez un grand nombre d'individus, cette réversibilité conduisant assez souvent à une guérison définitive.

La nicotine n'en reste pas moins une drogue dangereuse par son action sur le système nerveux : elle conditionne la difficulté du sevrage tabagique (avec l'importante pathologie cardio-vasculaire et pulmonaire qui en résulte), par ailleurs les perturbations propres du système nerveux, qui concernent à la fois le système nerveux cérébro-spinal et le système nerveux neuro-végétatif, sont loin d'être négligeables.

Action de la nicotine sur le système nerveux central

Ces perturbations sont représentées par :

1) une certaine stimulation psychique

Dans l'état actuel de nos connaissances, la psycho-activité du tabac n'est pas parfaitement connue.

Expérimentalement, on sait que de faibles doses de nicotine augmentent l'amplitude des ondes de l'électroencéphalogramme. Elles apparaissent ainsi capables de stimuler l'attention et la vigilance alors que des doses élevées induisent une certaine dépression...Chez les souris, la nicotine semble améliorer la mémoire à court terme (étude récente du Pr Changeux).

Certains fumeurs déclarent être stimulés cérébralement par la cigarette, avoir une plus grande capacité de concentration, une meilleure efficacité intellectuelle et être moins anxieux...

Il est donc logique de penser que cette sensation résulte de l'action directe de la nicotine sur les structures cérébrales. Il reste que cette « excitation »est faible par rapport à celle qu'entraînent beaucoup d'autres drogues et que, en conséquence, la «dépression » qui lui fait obligatoirement suite reste également d'intensité modérée.

2) UNE DÉPENDANCE

La dépendance tabagique est un phénomène complexe où l'on peut analyser plusieurs éléments. Fait particulier, c'est assez souvent une triple dépendance :
- à un produit chimique (c'est une toxicomanie) ;
- à des gestes (c'est une « gestomanie ») ;
- à un environnement (c'est la dépendance psycho-sociale).

- la dépendance d'ordre pharmacologique à la nicotine

C'est la dépendance banale relative aux effets de la nicotine sur l'organisme et plus particulièrement sur le système nerveux central. La nicotine est susceptible de procurer au fumeur un certain plaisir, des sensations agréables, qui vont ensuite être recherchés de façon impérative d'une part pour eux-mêmes, d'autre part pour que soit évitée, comme dans toute toxicomanie, l'apparition d'un état « de manque »plus ou moins pénible.

- la dépendance aux gestes. Fumer: un comportement automatique

Fumer, c'est d'abord et toujours une activité gestuelle. Le fait de fumer comporte en effet de multiples gestes : démarche pour l'achat du tabac, nécessité de se munir chaque jour de cigarettes et de différents accessoires, geste de prendre un paquet et d'allumer le combustible, d'enlever les cendres, de porter et de retirer la cigarette de la bouche, d'inhaler la fumée et de la rejeter, d'offrir et de recevoir... puis de recommencer une multitude de fois dans la journée dans les circonstances les plus variées.

L'ensemble de ces démarches et de ces gestes des mains, des lèvres, de la poitrine... constitue une véritable activité parasite faisant partie intégrante de la vie du fumeur et à laquelle il consacre beaucoup de temps. (Nous ne parlons pas, bien entendu, du sujet qui fume de temps en temps quelques cigarettes sans en éprouver véritablement de besoin).

Cette activité gestuelle liée au tabac, très proche des tics, échappe en grande partie au champ de la conscience. Les gestes en question ne sont pas différents des multiples autres gestes automatiques de la vie courante. C'est dire qu'il sont supportés essentiellement par un réseau complexe de réflexes conditionnés, mécanismes d'action qui sont profondément inscrits, voire programmés dans le cerveau.

La dépendance aux gestes est le lot commun de tous les fumeurs. Il est manifeste que son importance a été jusqu'ici souvent négligée : le tabagisme est plus souvent une « gestomanie » qu'une « toxicomanie comme le montre le fait tout à fait notable que la nicotine, contrairement à toutes les autres drogues, n'est jamais consommée à l'état pur.

- la dépendance à un environnement (ou dépendance psycho-sociale)

C'est la dépendance du fumeur vis-à-vis des éléments de son cadre de vie habituel : personnes, lieux, ambiance... La cigarette est volontiers liée à des rites, à une certaine forme de convivialité. Jusqu'à une date récente tout au moins, le tabagisme a été bien accepté, voire magnifié, par la société. C'est la cigarette que l'on offre, que l'on reçoit, que l'on échange, que l'on partage ! C'est un don dans une forme d'hospitalité qui, en elle-même, n'arien de méprisable...

La plupart des fumeurs, surtout les jeunes, présentent également ce type de dépendance mais il est manifeste que son degré est fort variable.

Action de la nicotine sur le système nerveux autonome

Excitante à certaines doses, déprimante, voire paralysante à d'autres, la nicotine se comporte comme un très grand perturbateur de ce système nerveux (appelé encore système neuro-végétatif) qui règle quantité de fonctions automatiques de l'organisme.

Cette donnée, d'une très grande importance théorique et pratique, explique beaucoup de perturbations présentées par le fumeur, notamment :

certaines perturbations aiguës (et transitoires) :

- les malaises ressentis par le fumeur débutant :état nauséeux, pâleur du visage, sueurs froides, maux de tête, voire état syncopal...;
- l'accélération du rythme cardiaque (de l'ordre de 15à 25 pulsations après une à deux cigarettes« Gauloises » ;
- la vaso-constriction des petits vaisseaux sanguins ;
- une augmentation de la tension artérielle (de l'ordre de 1à 2 cm/Hg pour la pression systolique) ;
- un certain effet dans le domaine gastro-intestinal (la réduction des secrétions gastriques et des contractions).

et des perturbations chroniques intéressant des domaines extrêmement divers :

- la tension artérielle et le rythme cardiaque de repos;
- la transpiration ;
- la température du corps ;
- les conduites alimentaires avec une réduction fréquente de l'appétit ;
- l'humeur et le comportement émotionnel ;
- la sensation de bien-être ou de mal-être ;
- la vigilance ;
- le sommeil ;
- les réactions de défense à certaines agressions ;
- la gestion du stress et de la fatigue...

Toutes ces perturbations, qui font du fumeur un sujet «diminué », fragile, souvent « mal dans sa peau», représentent pour lui un handicap plus ou moins important même si il n'en a pas parfaitement conscience.

Pour une vue d'ensemble de la pathologie tabagique et des grands principes du traitement, le texte : "Le Tabac et la Pathologie tabagique " peut être consulté sur le même site Internet".

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 VI -LA CAFÉINE

C'est une substance présente dans diverses plantes : le café, le thé, le maté, le cola. Une tasse de café ordinaire contient de 100 à 150 mg de caféine, une tasse de café décaféiné de 1 à 5 mg, une tasse de thé de 60 à 70 mg, une boite de cola (33 cl) de 40à 50 mg.

Effets immédiats

La caféine est une substance excitante du système nerveux central : elle diminue la sensation de fatigue, facilite la concentration, raccourcit le temps de sommeil.
Par ailleurs elle accélère la fréquence cardiaque et augmente la tension artérielle.
A dose élevée, de l'ordre de 1000 mg en prise unique, apparaissent des signes d'intoxication aiguë avec uns insomnie majeure, voire un état de confusion mentale avec dyspnée et troubles cardiaques.
La caféine est interdite aux sportifs par la réglementation contre le dopage.
La dose mortelle est de l'ordre de 5000 mg.

Effets secondaires

Comme avec toutes les substances psycho-actives un phénomène d'accoutumance, de tolérance et de dépendance peut s'établir. Le syndrome de sevrage comporte des troubles divers : irritabilité, somnolence, asthénie, céphalées...

Les conséquences sur le système nerveux de la caféine ne se comparent nullement à celles engendrées par la plupart des autres drogues. Néanmoins, il ne faut pas négliger dans le caféisme deux perturbations sournoises pouvant revêtir une notable gravité :

1 - l'hypertension artérielle(perturbation très souvent négligée alors qu'il s'agit d'une des premières causes de mortalité) ;

2 - la fatigue chronique
En réduisant la perception de la fatigue inhérente à toutes les activités physiques ou mentales, en contrariant le sommeil et son action réparatrice, la caféine contribue chez nombre de consommateurs « moyens», à ce que s'installe une fatigue par insuffisance de repos physiologique, fatigue pouvant conduire à des désordres neuro-psychiques tels que : asthénie, céphalées, état dépressif et à diverses perturbations somatiques.

C'est dire qu'il existe une mauvaise raison – extrêmement banale en pratique - de consommer du café : la recherche du caractère stimulant et dopant de cette boisson et une seule raison valable d'en consommer : le plaisir d'ordre gustatif procuré (en n'oubliant ni l'action immédiate de la caféine, ni le phénomène retardé de l'accoutumance).

Les effets pervers de la caféine portent aussi sur fœtus dont le système nerveux est particulièrement fragile. D'après un certain nombre d'études, ces effets peuvent se traduire par une diminution du poids de naissance, un risque de prématurité, voire un avortement. Ce dernier risque semble être confirmé avec des consommations élevées supérieures à cinq tasses de café par jour.

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VII -LES MÉDICAMENTS PSYCHO-ACTIFS

On désigne ainsi tous les médicaments qui ont une action sur le système nerveux central et qui, à un degré ou à un autre, modifient le psychisme.

Comme chacun sait, c'est en France que la consommation de ces produits est la plus importante.

Nous retiendrons ici les quatre groupes de produits les plus utilisés dans notre pays et partant ceux qui sont responsables des conséquences individuelles et sociales les plus importantes :

- les somnifères qui « apportent » du sommeil ;
- les tranquillisants ou anxiolytiques qui « apportent» de la sérénité ;
- les stimulants qui « apportent » de l'excitation et une sensation de mieux-être ;
- les antidépresseurs qui « apportent » un surcroît d'énergie physique et psychique.

Ces produits sont manifestement utiles dans bien des cas, mais il reste que leur utilisation inopportune - par méconnaissance des effets néfastes dont ils sont responsables à distance - dépasse manifestement, et de très loin, la consommation justifiée.

 

QUELS SONT CES EFFETS PERVERS SUR LE SYSTÈME NERVEUX
à moyen et à long terme
?

Il y a deux catégories fort distinctes d'effets pervers:
- ceux qui sont répertoriés (dans le dictionnaire des spécialités pharmaceutiques)
- ceux qui ne sont pas répertoriés (et qui sont habituellement méconnus).

 

LES EFFETS NÉFASTES RÉPERTORIÉS
(ces données du dictionnaire sont accessibles aux non-médecins sur Minitel 3617 Vidal)

Pour les hypnotiques

En prenant comme exemple un produit dans une famille nouvelle(celle des cyclopyrrolones) considérée comme moins dangereuse que les précédentes, les troubles signalés sont les suivants :
- perturbations de la mémoire (amnésie antérograde) ;
- somnolence diurne ;
- cauchemars, sensations ébrieuses, hypotonie musculaire ;
- céphalées, asthénie ;
- manifestations « paradoxales » : irritabilité, agressivité, agitation, épisodes confusionnels, phénomènes hallucinatoires ;
- accoutumance ;
- dépendance physique et psychique avec syndrome de sevrage ou de rebond à l'arrêt du traitement.

Pour les anxiolytiques

Dans la famille la plus couramment prescrite (celle des benzodiazépines), et en ne retenant que les effets néfastes sur le seul système nerveux, on note les perturbations suivantes :
- troubles de la mémoire (amnésie antérograde);
- sensations ébrieuses ;
- asthénie, somnolence, affaiblissement des facultés psychiques ;
- hypotonie musculaire ;
- réactions « paradoxales » : irritabilité, agressivité, excitation, syndrome de confusion mentale, hallucinations ;
- accoutumance ;
- dépendance physique et psychique avec syndrome de sevrage ou de rebond à l'arrêt du traitement.

A propos des manifestations considérées comme« paradoxales », il convient de remarquer que loin d'être « paradoxales » ces réactions n'obéissent en fait qu'à une simple logique réactionnelle tout à fait « normale ».

Pour les stimulants

Les produits amphétaminiques - aujourd'hui interdits aux sportifs par la réglementation antidopage - qui furent couramment prescrits pendant de très nombreuses années pour s'opposer à la fatigue et au sommeil et qui le sont toujours comme anorexigène dans les cures d'amaigrissement -ont les effets néfastes suivants :
- nervosité, agitation ;
- troubles du sommeil, modification du comportement ;
- céphalées, tremblements, convulsions, insomnie ;
- tachycardie, nausées, vomissements ;
- accoutumance ;
- dépendance.

Pour les antidépresseurs

Leurs effets pervers sur le système nerveux sont si nombreux, du fait de la diversité des produits chimiques administrés et des perturbations traitées, qu'il est difficile d'en retenir une liste caractéristique. Ils sont d'ailleurs si importants que la plupart des produits en cause sont à réserver exclusivement, comme l'indique le guide médical, au traitement des états dépressifs« sévères ».

Ainsi qu'on peut le remarquer, tous ces produits psychotropes sont potentiellement responsables d'une part d'une accoutumance (allant toujours de pair avec une « tolérance » qui, comme nous l'avons déjà dit, témoigne d'une intoxication chronique occulte), d'autre part d'une dépendance. avec ses deux manifestations constitutives :« état de manque » et syndrome de sevrage.


LES EFFETS NÉFASTES NON RÉPERTORIÉS dont on ne parle pas habituellement

Il est à remarquer que ces effets néfastes sont exactement inverses de ceux qui sont recherchés au départ par agrément, plaisir ou confort.

Ce phénomène suivant lequel le résultat à distance est inverse de celui obtenu initialement -phénomène qui peut s'installer très rapidement -découle d'une donnée de physiologie élémentaire mais souvent méconnue : la mise au repos d'une fonction (si elle est autre que rare ou exceptionnelle)s'accompagne automatiquement d'une régression plus ou moins importante et prolongée de cette même fonction. Un muscle qui ne travaille pas s'atrophie, une faculté quelconque qui ne s'exerce pas périclite...

C'est dire que, inexorablement :
- l'aptitude au sommeil diminue après utilisation de somnifères ;
- l'aptitude à surmonter l'anxiété diminue après utilisation d'anxiolytiques ;
- l'aptitude à réagir diminue après utilisation de stimulants ou d'antidépresseurs.

Mais la réciproque est également juste. Si une personne surmonte ses difficultés existentielles, non plus avec une aide chimique artificielle mais avec ses propres ressources personnelles (complétées éventuellement d'une simple aide psychologique), ses aptitudes à dormir, à surmonter l'anxiété et à supporter les difficultés de la vie progressent parallèlement.

Si l'on peut affirmer que la méconnaissance des effets néfastes des médicaments psycho-actifs constitue le principal facteur de leur consommation intempestive chez de nombreuses personnes, un autre élément joue dans le même sens un rôle considérable : le scepticisme et le doute quant aux capacités de la plupart des individus à surmonter par eux-mêmes les difficultés et les ennuis potentiellement réversibles d'ordre psychologique dont on parle ici - difficultés et ennuis inhérents à la vie quotidienne.

A propos du sommeil et de l'anxiété

Il convient de remarquer que le dénominateur commun de toute insomnie ne dépendant pas d'une affection quelconque, représente une « excitation » de la pensée, excitation qui peut être le fait soit d'une certaine anxiété, soit au contraire d'un certain plaisir. «Ne pas dormir » suppose obligatoirement une pensée très active, un intérêt intense en éveil. On sait bien que les passionnés, qui pensent « plus» que les autres, dorment peu.

Il ne faut pas perdre de vue que le sommeil artificiel apporté par les substances médicamenteuses ne peut avoir la capacité réparatrice du sommeil physiologique qui obéit à une « architecture » fragile avec ses cycles précis. On a pu parler de ce dernier comme d'une «œuvre en péril ». Le sommeil naturel, en effet, n'est pas un phénomène passif, mais au contraire un phénomène puissamment actif et complexe pendant lequel s'élaborent des opérations biologiques capitales, telle, par exemple, la sécrétion d'hormones. Aucun hypnotique ne peut le reproduire.

L'insomnie prolongée, désordre grave par ses conséquences, appelle certes un traitement chimique mais ce traitement ne peut pas ne pas comporter des effets néfastes...C'est dire qu'une hygiène de vie satisfaisante dans ses principaux domaines (travail, loisirs, repos, activité physique et intellectuelle...), hygiène complétée éventuellement par quelques petits« moyens », constitue la meilleure réponse aux troubles du sommeil et de l'humeur les plus fréquents, troubles qui sont réversibles chez la grande majorité des individus.

A propos de la fatigue

Il est dit parfois que les drogues stimulantes « aident à combattre la fatigue ». C'est une erreur : ces drogues ne réduisent pas la fatigue et le dysfonctionnement quelle comporte, elles en réduisent seulement la perception du fait de la modification du système nerveux.

En pratique, par ce terme de fatigue on désigne deux notions conjointes mais fort distinctes :
- une sensation désagréable (« je me sens fatigué », « j'accuse une certaine souffrance»...)
- un certain dysfonctionnement de l'organisme, lequel peut être perçu ou non perçu par le sujet en fonction de la qualité de son système nerveux.

Par ailleurs, on considère qu'il y a schématiquement trois sortes de fatigue :
- celle qui relève d'une maladie mentale : «dépression », névrose...;
- celle qui relève d'une maladie organique ;
- celle qui, dans la vie courante, relève de l'activité habituelle familiale, professionnelle, sportive... , fatigue qui peut être qualifiée de « normale ». Cette forme de fatigue qui, seule nous intéresse ici, peut revêtir deux formes essentielles :
. une fatigue psychique qui se traduit notamment par le bâillement, l'envie de dormir, l'envie « de ne rien faire»...
. une fatigue musculaire qui se manifeste particulièrement dans les membres par une certaine pesanteur, une gêne, une tension, une douleur ...

Il faut considérer que cette dernière fatigue est avant tout un symptôme dont il faut tenir compte sous peine de risque et non une « affection »... Après quelques heures d'une activité quelconque, il est « normal »qu'une certaine sensation de fatigue soit présente et ressentie. Réciproquement, il est fâcheux et regrettable de ne pas la percevoir. Car la fatigue est d'abord un signe que la nature a mis à la disposition de l'individu pour lui indiquer que son organisme « souffre ». La fatigue est à l'activité, ce qu'est, par exemple, la douleur de la peau soumise à une certaine « agression » par la chaleur, le froid, la piqûre : elle représente pour l'organisme un avertisseur, un « feu rouge » à respecter. C'est un moyen de défense essentiel.

Or, cette perception suppose une intégrité du système nerveux.

Le vieillissement détériore lentement le système neuro-psychique et réduit ses capacités mais, en pratique courante, les altérations de ce système délicat et fragile sont le plus souvent le fait d'un mode de vie trop agressif. Certaines activités professionnelles, comme diverses formes d'inactivité, sont manifestement en cause, mais il faut leur associer l'utilisation de produits psycho-actifs qui attentent à l'intégrité du système nerveux en camouflant, réduisant ou supprimant la sensation de fatigue qui invite normalement le sujet à se reposer et à réparer« sa machine » avant que ne se constituent des dégâts occultes irréversibles.

Certes, tout individu a de grandes capacités d'adaptation et il ne doit pas s'en priver. Les limites de son action et de ses capacités se repoussent notablement par l'activité et par l'entraînement... Il en est ainsi du seuil de la fatigue, mais il est bon néanmoins de se souvenir qu'il y a des données « moyennes » dont il ne faut pas trop s'éloigner.

En conclusion, gérer la fatigue suppose de s'organiser dans la vie de tous les jours, d'aménager au mieux le temps consacré aux activités diverses, d'éviter les grands toxiques « sociaux » que sont les boissons alcooliques, le tabac, et les médicaments psychotropes, de savoir s'accorder « un plaisir quotidien » et de ne pas oublier, outre le sommeil nocturne, le temps consacré dans le cours de la journée au repos, à la relaxation, voire à la sieste, bref à la récupération ...

A propos de l'état dépressif et de la dépression

Si la « dépression» caractérisée est une maladie grave pouvant menacer la vie d'un sujet par défaut d'alimentation, de sommeil ou risque de suicide, il ne faut pas la confondre avec «l'état dépressif » banal avec ses moments de tristesse, de découragement, d'asthénie physique et psychique, état que de nombreux individus présentent un jour ou l'autre.

Dans le premier cas une thérapeutique s'impose manifestement d'urgence pour faire disparaître des symptômes dangereux en eux-mêmes. Obligatoirement médicamenteuse elle vise, en modifiant la chimie du cerveau, à aider l'individu à retrouver momentanément un certain équilibre.

Mais il faut bien voir que la thérapeutique en question ne fait qu'apporter dans l'immédiat un certain confort en supprimant avec facilité des symptômes gênants :elle ne s'adresse en rien aux causes de la maladie dépressive qui, généralement, s'est développée insidieusement depuis de très nombreuses années et dont le sujet est en fait le principal artisan.

C'est dire que les antidépresseurs peuvent être une thérapeutique adaptée à certains cas graves où il faut éradiquer rapidement une souffrance psychique mais qu'ils ne conduisent jamais à la guérison - tout au plus à une rémission ou à une stabilisation - d'autre part ces médicaments ne sont en aucune manière indiqués dans la plupart des cas où l'état dépressif, « léger »ou « moyen », est potentiellement réversible.

Dans cette dernière perspective, la crise de «dépression », épisode de décompensation déclenché par un deuil, une difficulté affective ou professionnelle, peut être au contraire un moment privilégié pour que la personne se remette en cause face à la souffrance, à la frustration et à l'angoisse et, au prix de quelques efforts, change quelque chose dans sa vie avec une aide éventuelle d'ordre psychologique. Car la pilule du bonheur sera toujours un leurre.

EN RÉSUMÉ, deux raisons essentielles expliquent la consommation intempestive des médicaments psycho-actifs:
- la méconnaissance de leurs effets secondaires néfastes ;
- la sous-estimation de la capacité des individus à surmonter par eux-mêmes leurs difficultés banales d'ordre psychologique.

Si l'utilisation des médicaments en général doit avoir constamment en vue ses effets négatifs - puisque la plupart d'entre eux contiennent des substances toxiques - à plus forte raison doit-il en être ainsi lorsqu'il s'agit de produits agissant sur le système nerveux, système fragile, sensible et précieux s'il en est. Dans ce secteur de la santé plus que dans tout autre, il n'y a pas de médicament anodin : le bénéfice immédiat s'accompagne toujours à distance d'effets plus ou moins regrettables.

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--------------------------------------------------------Dr A. Gaillard – Médecin honoraire du CHU de Nantes – juillet 2009

                                                                                             

 
Sur ce sujet des Drogues  nous vous recommandons aussi de consulter le Site Web de la MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les toxicomanies) : http://www.drogues.gouv.fr